• SAINTE MARGUERITE-MARIE,Prophète et pionnière -- Centenaire en 2020

    , Témoin d’un feu qui brûle et qui éclaire

    LETTRE PASTORALE DE MGR BENOÎT RIVIÈRE

    à l’occasion du centenaire en 2020

    de la canonisation de sainte Marguerite-Marie


     

    Je souhaite m’adresser surtout aux pèlerins et aux habitants du diocèse d’Autun qui célébreront le jubilé de la canonisation de sainte Marguerite-Marie.En écoutant certains et certaines de ceux qui connaissent bien mieux que moi la personnalité et la mission de cette sainte bourguignonne du XVIIème siècle, visitandine à Paray-le-Monial, et en lisant quelques pages écrites sur elle, notamment les éclairantes réflexions du père Édouard GLOTIN dans son livre “La Bible du Cœur de Jésus”, j’ai rédigé cette lettre pastorale.Puisse l’élan de la Vierge Marie visitant la maison où les larmes s’étaient changées en bonheur avec la conception de Jean-Baptiste, nous entraîner, comme sainte Marguerite-Marie, dans la véritable joie !  

     

    Une femme prophète

    Les vrais amis du Christ sont des “entraîneurs” de sainteté. Loin de nous décourager sur le chemin si éprouvant de l’existence humaine, ils sont pour nous comme d’authentiques grands frères ou grandes sœurs donnant confiance aux plus jeunes. Ils sont pour nous bien mieux que des “coaches”, ils sont des amoureux de notre bonheur, ils sont des témoins tout proches, ils sont des foyers réconfortants qui nous attirent vers la vraie lumière. Ils sont prophètes de notre vocation authentique. Et à leur contact, nous sommes heureusement poussés hors des sentiers battus, et comme “pressés” intérieurement de changer sérieusement pour devenir, comme dit l’évangile, des hommes et des femmes qui ont une âme d’enfant.Quand l’Église nous les donne en exemple, nous pouvons nous appuyer sur eux en toute simplicité, nous pouvons nous glisser dans leurs pas, nous unir à leur voix, nous couler dans leur prière et leur immense confiance en Dieu. Bref, en nous approchant un peu de leur humanité imbibée jusqu’aux moelles par la grâce, nous trouvons le véritable goût de vivre et le goût d’aimer.Voilà ce que je souhaite que nous trouvions en fréquentant d’un peu plus près une véritable amie du Christ, Marguerite ALACOQUE, qui choisit d’ajouter le nom de Marie à son prénom de baptême, le jour de sa confirmation, à l’âge adulte.Approcher quelqu’un, quelqu’un de vivant et donc de singulier, d’unique, c’est déjà retirer nos gros souliers, retirer nos lunettes filtrantes ; c’est nous interdire d’appliquer des grilles d’analyse à un contexte autre que celui que nous connaissons. C’est accueillir de l’étrangeté, de la différence, du surprenant... Bref, il y faut de l’humilité, pour garder conscience que notre connaissance est toujours limitée. Cela est particulièrement vrai quand il s’agit de la connaissance d’une femme authentiquement mystique, ayant vécu dans le monde du XVIIème siècle.Nous approcher de sainte Marguerite-Marie, c’est accepter d’être tout d’abord désorientés, et peut-être même “troublés”. Son enfouissement dans un monastère et en même temps la communication, dans l’obéissance, de ce qui lui est donné par Dieu pour le monde, cela n’est-il pas le fait d’une “aventureuse” qu’au fond nous redoutons un peu de suivre ? En réalité, quand nous commençons, même un petit peu, à entrevoir qu’elle est bien différente des images d’Epinal auxquelles nous pouvions penser, alors nos hésitations et nos craintes s’évanouissent. Et cette femme canonisée par Benoît XV voici bientôt 100 ans peut devenir notre grande sœur, notre sœur tout simplement

    Ce qu’on appelle sa “vocation” religieuse, son appel à la vie consacrée, attendra des années, non pas pour retentir au fond de son cœur de bourguignonne de Vérosvres, mais pour pouvoir s’exprimer, être dite aux autres. Marguerite-Marie ne pourra en parler qu’à l’âge de 20 ans, et qui plus est, il faudra encore quatre autres années pour qu’elle discerne le lieu de vie où se donner entièrement à cet appel. Cela nous apprend que pour les choses qui concernent l’engagement de la vie, les maturations sont indispensables et nécessaires. Le “prophète” n’est pas quelqu’un qui s’emballe sur un coup de tête ! Il n’est pas cet instable qui court après la première idée venue, et puis demain ce sera une autre... Pourquoi vas-tu ici ? Pourquoi choisis-tu tel lieu pour y demeurer ? Marguerite-Marie dit : “je ne veux être religieuse que pour l’amour de Dieu !” Elle connaît à certains moments une sorte de “confirmation” intérieure, comme lorsqu’elle franchit la porte du monastère de la Visitation où elle a mûrement choisi d’aller pour y entrer jusqu’à la mort. “C’est ici que je te veux”, entend-elle dans son cœur.Cela peut se vérifier pour nous, qui que nous soyons, lorsque nous cherchons durablement à opérer des changements dans notre vie, pour rejeter tout à fait le mal et écouter la voix du Seigneur. Oui, alors, nous recevons des “indications” certaines de la part de Dieu, Il nous fait voir que c’est le bon chemin, Il nous donne de l’assurance quand nous avons pris les moyens du discernement et que nous avons engagé notre volonté : “je te suivrai, Seigneur, montre-moi le chemin !”Quand Dieu vient chercher quelqu’un pour l’introduire dans les réalités si douces de son alliance, il ne supprime rien de l’humanité. Il ne change pas notre chair en une chair “angélique” ! C’est dans le tissu humain (qu’Il connaît d’ailleurs mieux que quiconque !) qu’il invente et qu’il peint la beauté des saints et des saintes. Or, la nature de Marguerite-Marie, cette fille de Vérosvres, n’est pas du genre “va-t’en guerre !” Ce n’est pas la nature d’un général en chef ! Marguerite a une nature indéniablement fine et très délicate. Elle voit le jour le 22 juillet 1647 à l’époque où Saint François de Sales, le fondateur de la Visitation avec Jeanne de Chantal (elle-même décédée moins de 10 ans auparavant), vient d’être canonisé. Elle appartient à une famille de notables, qui connaîtra vite, après la mort du père, une période de dures épreuves. Qu’on se souvienne : c’est l’éloignement de la marraine ; c’est la maladie qui cloue Marguerite au lit pendant près de quatre longues années, à l’âge où tout un chacun (elle a 10 ans) aspire à se déployer librement ; c’est ensuite la maladie de sa propre mère qu’on jugeait inguérissable, et qui oblige l’adolescente à se faire infirmière et à laver les plaies corporelles de sa propre mère pendant plusieurs années ; c’est l’incapacité des siens et même celle de son curé, à comprendre l’authenticité de sa vocation ; c’est ensuite l’incompréhension quand elle choisit d’aller dans un monastère où sa famille ne connaît personne.Dans cette lente et progressive éclosion d’une liberté adulte et d’une confiance pour se déterminer sans contrainte, Marguerite-Marie découvre ce fil rouge de sa vie épanouie dans l’amour de Dieu et du prochain : la souffrance peut apprendre la patience, l’amour pousse à une générosité joyeuse de tous les instants, et l’amour est vainqueur aussi en nous de certaines peurs.

    Une pionnière courageuse et patiente

    Cette jeune femme de Vérosvres devenue visitandine de Paray-le-Monial aurait eu des raisons d’abdiquer dans sa recherche de Dieu, tant elle fut soumise à des pressions et des épreuves. Sa persévérance dans la foi, sa manière de vouloir toujours aimer, et obéir à ce qui lui était demandé, venaient de la force intérieure qu’elle recevait au milieu des luttes intérieures et extérieures.Il lui en a fallu de la force pour surmonter la pression de sa famille et de son entourage qui voulaient la marier ! Elle a dû lutter contre elle-même, pour ne pas se laisser envahir par la culpabilité qu’on cherchait à lui faire ressentir, si elle quittait sa famille et notamment sa mère ! Quel courage, nous l’avons dit, pour prendre sur elle certains dégoûts naturels en soignant sa mère ! Et puis, il lui en a fallu du courage pour garder sa liberté intérieure pendant les années d’adolescence au cours desquelles, après la mort de son père, sa mère, ses frères et elle, ont été brimés, c’est peu dire, par des tantes régissant la maison en véritables tyrans ; et on ose à peine redire ce qu’elle entendait alors dans sa conscience si pure, à savoir qu’elle pouvait nommer les personnes ennemies comme “les véritables amies de mon âme” ! Et une fois que les siens ont compris qu’elle garderait sa liberté et irait là où Dieu la conduisait, ils essayèrent de la persuader au moins d’entrer chez les Clarisses où il y avait déjà des connaissances familiales. Et bien non ! Là encore, Marguerite-Marie, pourtant sensible et délicate, va entrer au monastère de la Visitation où elle ne connaît personne, justement pour être bien certaine d’y chercher vraiment Dieu.Comme une visitandine me l’a dit, Marguerite-Marie mériterait d’être appelée, la patronne céleste des adolescents affrontés à la mésentente des adultes, qui devraient être leur soutien. Oui, Marguerite-Marie a traversé, comme de nombreux jeunes aujourd’hui, des crises d’anorexie, d’isolement douloureux, d’introspection démesurée et scrupuleuse. Et elle a appris à ne pas s’appuyer seulement sur ses propres forces, et sur les autres, elle a appris à s’appuyer sur la force de Dieu qui donne souffle, qui fait traverser les épreuves, qui pousse à aimer et à espérer même quand tout semble aller à l’envers !Sainte Marguerite-Marie était une femme “normale”, humaine, avec ses faiblesses qu’elle a su accepter et intégrer dans sa vie, autant dans son dialogue avec le Seigneur que dans ses relations quotidiennes avec ses sœurs et ceux qu’elle côtoyait. Sa fine sensibilité féminine lui fait trouver des expressions de tendresse et d’authentique amour envers Celui qui lui a tant montré le sien, “le Christ qui m’a aimé et s’est livré pour moi” disait l’apôtre Paul. En vérité, le Christ n’a pas seulement montré la profondeur de son cœur blessé, il a uni le cœur de Marguerite-Marie au sien. Il a plongé le cœur de Marguerite-Marie dans Son cœur de charité universelle. Une prière liturgique l’exprime ainsi : “que nos pensées deviennent tes pensées Seigneur, et nous aurons pour nos frères et pour toi, un même amour”.Venons-en à la vie de prière de Marguerite-Marie. Elle est le sang qui irrigue tout son corps et toute son âme. Elle est le souffle de sa liberté. Prier vraiment est un acte prophétique, en plein monde tenté par l’auto-référencement. Prier, c’est être les éclaireurs du monde, c’est être les amoureux et les prophètes de notre terre. Sans la prière, la terre intérieure et extérieure se dessèche. La prière, c’est aimer ce qu’on espère, et c’est déjà d’une certaine manière goûter aux réalités qui seront les vraies réalités à venir.Marguerite-Marie, nous l’avons dit, s’est laissée former avec simplicité à la prière, et elle a reçu de sa responsable que nous pouvions nous tenir dans la prière, particulièrement l’adoration eucharistique, un peu comme une toile d’attente aux mains du peintre.On doit se rappeler que cette vie de prière fut intense, prolongée, ardente, dès sa tendre enfance, et que Marguerite-Marie n’est entrée au monastère qu’à 24 ans. N’ayant donc pas connu d’accompagnement spirituel avant d’entrer à l’école de Saint François de Sales, au monastère de la Visitation, elle a d’abord avancé vraiment seule sur le chemin de la prière. Elle pourra ainsi attester plus tard de quelle manière Dieu lui-même la faisait entrer dans la contemplation des mystères de Son Fils : “il se présentait à moi dans le mystère où il voulait que je le considérasse ; et il rendait attentif si fort mon esprit en tenant mon âme et toutes mes puissances englouties dans lui-même, que je ne sentais point de distractions, mais mon cœur se sentait consumé du désir de l’aimer.”C’est bien le propre d’un esprit pionnier que d’aller toujours de l’avant, sur des chemins qu’il faut défricher car ils ne sont pas tracés d’avance. Marguerite-Marie a cet esprit de confiance entière en Dieu, confiance appuyée ensuite sur les avis d’un accompagnateur (on pense bien sûr au père Claude de la Colombière) ou d’une supérieure. Loin de brider la générosité et l’élan de notre cœur de baptisé, le dialogue sincère avec un frère ou une sœur aîné qualifié dans l’accompagnement spirituel, fait éviter les pièges de l’illusion et aide à briser les enfermements dans le scrupule ou dans certaines peurs. Il s’agit de regarder sa misère dans la grande miséricorde du Sacré-Cœur de Notre Seigneur, dit-elle à une novice.Nous pouvons nous interroger, à certaines heures : où est véritablement mon cœur ? Où se trouve mon centre vital ? Quel est le “moteur” de mes pensées et de mes actes ? Quelle est la motivation profonde de ce que je vis et respire ? Qui dissipera mes troubles, qui libérera la joie et l’humilité du Christ dans mes relations avec les autres ? Le feu qui à l’évidence consume le cœur de sainte Marguerite-Marie nous atteint nous-mêmes aujourd’hui. Marguerite-Marie a son centre dans un “autre”. Elle nous presse d’aimer, de nous laisser toucher par le cœur de Jésus vivant, c’est-à-dire le cœur de Dieu dans un cœur entièrement humain. Comme est beau le simple exemple de vie de Marguerite-Marie, toute écoutante amoureuse de Dieu et de son projet bienveillant, toute accueillante de la participation que Dieu permet qu’elle ait au mystère de la Croix.Marguerite-Marie nous apprend à quitter bien des zones de “confort”, et bien des zones intérieures sentant l’odeur du ressentiment. Comme elle est attractive et encourageante cette confiance active de Marguerite-Marie, confiance réceptive et engagée qu’elle ressource si admirablement dans la contemplation et l’adoration du cœur blessé et ouvert du Christ par amour pour la multitude. Plus nous avançons, plus nous souffrons de ne pas aimer assez. Et moins nous aimons, explique Marguerite-Marie, plus nous regardons les autres avec dureté, sans miséricorde, soupçonnant même chez eux des pensées et des actes qu’ils n’ont jamais eus ni commis. Plus nous nous laissons toucher par l’amour de Dieu, plus nous soupirons de ne pas savoir aimer, et plus nous devenons vrais vis-à-vis de nous-même, et plus alors nous envisageons le prochain avec joie et tendresse, toujours dans la miséricorde.Le silence intérieur et l’amour, patiemment recherchés et entretenus, font partie de ce caractère prophétique de Marguerite-Marie pour notre époque si bruyante et dispersante. Le “bombardement” numérique incessant des “news”, de tous ordres, les messages, les mails... rendent d’autant plus pressante et salutaire l’invitation de Jésus à ceux qui s’approchent de lui : “entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille la porte.” Entendons : ne laisse pas entrer n’importe quels pensée ou sentiment. “Et prie ton Père qui est là, dans le secret.” Le beau silence est donné à ceux dont les actes veulent plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes, et qui sont comme un écrin recueillant ce que Dieu veut dire et donner. “Tenez donc toujours votre intérieur en silence parlant peu aux créatures et beaucoup à Dieu par vos œuvres, en souffrant et agissant pour son amour. Tenez tous vos sens intérieurs et extérieurs dans le Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus Christ : silence intérieur par le retranchement de toutes ces pensées inutiles et réflexions d’amour-propre pour vous disposer à entendre la voix de l’Époux – silence extérieur sur tout ce qui peut vous louer ou blâmer ou accuser les autres – et ce silence sera pour honorer celui de Jésus solitaire au Saint Sacrement – vous apprendrez par ce moyen à l’aimer en silence et à converser avec son Sacré-Cœur.”

    Un feu qui brûle et qui éclair

    Quand nous parlons de la sainteté d’hommes et de femmes, c’est toujours d’une sainteté par participation à l’unique sainteté de Dieu. Et je crois utile de lever ici une ambiguïté possible : la sainteté n’est pas identifiée avec la vertu ; la vie vertueuse est habituellement signe de “sainteté” mais pas obligatoirement. Il existe des vies de sainteté qui composent avec des difficultés qui ne seront jamais surmontées ici-bas. Je tiens cette réflexion du Cardinal COFFY parlant à des moniales bénédictines de la “sainteté” de la Sainte Vierge. Cette réflexion amène une question : quel est le contraire du péché ? Ce n’est pas la vertu, mais la reconnaissance de son péché et l’accueil du pardon de Dieu, c’est-à-dire la reconnaissance que Dieu seul est Saint et peut me sanctifier. Le contraire du péché, c’est la sainteté, qui est don de Dieu.Les saints et les saintes sont bel et bien de notre pâte humaine, vraiment la même pâte humaine que la nôtre. Leur vie peut nous paraître pourtant “étrange” à certains moments, et nous pouvons nous sentir loin d’eux et de leurs expériences. Pourquoi cela ? C’est que leur vie, tout comme la nôtre, est appelée à se laisser convertir par l’amour rédempteur, amour que nous pouvons ou non accueillir, et voilà où peut se trouver la raison de cette “étrange” distance entre les saints et nous parfois ! En effet, il existe une tristesse, celle de ne pas être saints ! Ajoutons que le secret de la transformation de notre cœur, c’est-à-dire notre sanctification, nous échappe, et que seule la Foi nous fait connaître et aimer Dieu et nos frères d’un même amour. De nous-même, nous ne pouvons pas connaître l’amour dont Dieu nous aime. Sainte Marguerite-Marie a eu la conscience vive de son “néant”, si j’ose dire, et elle n’a pas seulement contemplé hors d’elle le mystère du cœur ouvert du Christ, elle y a été unie par grâce et elle ne s’est pas dérobée, mieux elle s’est livrée elle-même à cette union transformante.Dans l’Évangile, nous trouvons une parole lumineuse du Seigneur pour nous entraîner à sa suite, tellement importante pour ne pas nous perdre dans l’illusion :

    Mettez-vous, dit-il, à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.” (Mt 11,29)

    .Cette parole a tellement marqué le fondateur de l’Ordre de la Visitation, qu’il pouvait écrire ceci à Jeanne de Chantal : “L’esprit de la Visitation est un esprit d’une profonde humilité envers Dieu et d’une grande douceur envers le prochain.” Et il ajoutait ce qu’on ne connaît pas assez, bien avant évidemment la venue au monde de Marguerite ALACOQUE : “Ainsi les sœurs recevront-elles ce privilège  et cette grâce incomparable de porter le nom de filles du Cœur de Jésus.” Plus tard, Marguerite-Marie se nourrira avec bonheur de cet enseignement si profondément évangélique, l’école de la douceur et de l’humilité du Sauveur. Et puisque trop souvent, hélas, l’évocation du Sacré-Cœur renvoie à des images doloristes et faussées, citons encore saint François de Sales, Marguerite-Marie s’en réjouira sûrement : “le mérite de la Croix n’est pas en sa pesanteur, mais en la façon de la porter.”Dans une homélie, le pape Jean-Paul II, si marqué lui-même par la violence inimaginable du mal et par la digue salvatrice que la Miséricorde oppose au déferlement d’inhumanité, a dit : “Sainte Marguerite-Marie a connu ce mystère admirable, le mystère bouleversant de l’Amour divin. Tout au long de sa vie cachée dans le Christ, elle fut marquée par le don de ce Cœur qui s’offre sans limites à tous les cœurs humains. Elle était saisie tout entière par ce mystère divin. Toute sa vie, sainte Marguerite-Marie brûlait de la flamme vive de cet amour que le Christ est venu allumer dans l’histoire de l’homme.”Ces mots de Jean-Paul II au sujet de sainte Marguerite-Marie attirent notre attention sur le caractère universel de cette révélation de l’Amour divin : c’est un don de tout l’être du Christ, car le cœur signifie la personne entière ; c’est un don sans limites offert à tous les cœurs humains. Et le cœur humain aspire à connaître le pur amour, et à être transformé.Tout homme, toute femme, tout enfant, trouvera la joie dans le contact avec ce cœur qui a tant aimé le monde. Tous peuvent se laisser embraser par le feu de l’Amour divin, celui de Jésus vivant, Jésus glorifié.Sainte Thérèse de Lisieux (qui n’était pas “fan” de certaines images du Sacré-Cœur !) comprend tellement bien ce mystère, et elle en parle avec des accents si réconfortants pour les êtres “fragiles” et un peu ou beaucoup “cabossés” que nous sommes. Par exemple, elle écrit ceci à un prêtre ordinaire : “Ah ! mon cher petit Frère, depuis qu’il m’a été donné de comprendre aussi l’amour du Cœur de Jésus, je vous avoue qu’il a chassé de mon cœur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. Comment lorsqu’on jette ses fautes avec une confiance toute filiale dans le brasier dévorant de l’Amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour ?” (I)Écoutons sainte Marguerite-Marie nous dire de fuir le découragement : “Nous ne devons jamais nous décourager ni nous laisser aller à l’inquiétude – ayons recours à l’adorable cœur de Jésus, et disons-lui : O mon sauveur, soyez ma force ! Combattez pour moi ; je ne refuse pas la bataille pourvu que vous soyez ma défense. O Seigneur, mon  cœur est à vous ! Vous êtes le prix de mes victoires et le soutien inébranlable de mon infirmité.”Elle avait cette connaissance intérieure dans laquelle le cœur du Christ l’avait plongée, comme dans un refuge, un port, où les bateaux viennent s’abriter. On pense ici à l’admirable peinture du fils prodigue réalisée par Rembrandt, “précipitation” du rescapé dans les entrailles miséricordieuses du Père. “Il nous faut nous retirer dans la plaie du Sacré Côté, comme un pauvre voyageur qui cherche un port assuré pour se mettre à l’abri des écueils et tempêtes de la mer rageuse de ce monde où nous sommes exposés à un continuel naufrage sans le secours de notre sage pilote divin au soin duquel il nous faut nous abandonner absolument sans vouloir nous mêler que de l’aimer et lui plaire...”La fête du Cœur du Christ, instituée au dernier jour de l’octave de la fête du Corps et du Sang du Seigneur, nous fait reconnaître, disait le père Pedro ARRUPE, “une fête de l’amour et non pas une fête de la souffrance. La souffrance, nous dit-il, naît d’un manque de correspondance à l’amour de Jésus, mais par la vertu de ce même amour, elle peut être transformée en une vraie joie. C’est ainsi que l’apôtre Paul écrit : “au milieu de leurs tribulations, les apôtres du Christ sont attristés mais joyeux, ils sont pauvres et ils enrichissent les autres, ils n’ont rien et ils possèdent tout.” (2Co, 6, 10)

    .La source de la joie, c’est le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu pour nous, lui qui a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique (Jn 3,16). Voilà la source du bonheur, le moyen mystérieux de tout transformer en joie, la seule joie qui soit capable de combler entièrement le cœur de l’homme.”

    (II)n+ Benoît RIVIÈRE

    Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon

    En la fête de sainte Marguerite-Marie Le 16 octobre 2019

     

       ILS SONT DES AMOUREUX DE NOTRE BONHEUR, ILS SONT DES TÉMOINS TOUT PROCHES, ILS SONT DES FOYERS RÉCONFORTANTS QUI NOUS ATTIRENT VERS LA VRAIE LUMIÈRE

     QUAND DIEU VIENT CHERCHER QUELQU’UN POUR L’INTRODUIRE DANS LES RÉALITÉS SI DOUCES DE SON ALLIANCE, IL NE SUPPRIME RIEN DE L’HUMANITÉ

     L’AMOUR POUSSE À UNE GÉNÉROSITÉ JOYEUSE DE TOUS LES INSTANTS, ET L’AMOUR EST VAINQUEUR AUSSI EN NOUS DE CERTAINES PEURS.

    SA PERSÉVÉRANCE DANS LA FOI, SA MANIÈRE DE VOULOIR TOUJOURS AIMER, ET OBÉIR À CE QUI LUI ÉTAIT DEMANDÉ, VENAIENT DE LA FORCE INTÉRIEURE QU’ELLE RECEVAIT

    LA PRIÈRE,C’EST AIMER CE QU’ON ESPÈRE,ET C’EST DÉJÀ D’UNE CERTAINE MANIÈRE GOÛTER AUX RÉALITÉS QUI SERONT LES VRAIES RÉALITÉS À VENIR

     PLUS NOUS NOUS LAISSONS TOUCHER PAR L’AMOUR DE DIEU, PLUS NOUS SOUPIRONS DE NE PAS SAVOIR AIMER, ET PLUS NOUS DEVENONS VRAIS VIS-À-VIS DE NOUS-MÊME

     LES SAINTS ET LES SAINTES SONT BEL ET BIEN DE NOTRE PÂTE HUMAINE, VRAIMENT LA MÊME PÂTE HUMAINE QUE LA NÔTRE

    TOUT HOMME, TOUTE FEMME, TOUT ENFANT, TROUVERA LA JOIE DANS LE CONTACT AVEC CE CŒUR QUI A TANT AIMÉ LE MONDE

    LA FÊTE DU CŒUR DU CHRIST NOUS FAIT RECONNAÎTRE UNE FÊTE DE L’AMOUR ET NON PAS UNE FÊTE DE LA SOUFFRANCE.

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